Injections chez le requin : indications et particularités cliniques | Dr Nicolas MARTINEZ
Dr Nicolas MARTINEZ
Faune sauvage et Marine

Dr Nicolas MARTINEZ

DIE Santé de la faune sauvage libre
Vétérinaire référent du Musée Océanographique de Monaco

Injections chez le requin : indications et particularités cliniques

Chez le requin, la voie injectable occupe une place spécifique dans la prise en charge médicale. Si l’anesthésie par immersion reste la méthode de référence pour de nombreuses procédures, les injections sont largement utilisées pour l’administration de traitements systémiques, en particulier lorsque la diffusion par les branchies est insuffisante ou inadaptée.

La mise en place d’un traitement injectable chez les élasmobranches nécessite de prendre en compte leur anatomie, leur physiologie respiratoire et les contraintes liées au milieu aquatique. Le choix de la voie, du site d’injection et des conditions de contention conditionne directement l’efficacité du traitement et la tolérance de la procédure.

Place des injections dans la prise en charge médicale du requin

Chez les requins, l’immersion médicamenteuse permet l’administration d’anesthésiques et de certaines molécules hydrosolubles. En revanche, de nombreux traitements utilisés en pratique vétérinaire présentent une absorption branchiale insuffisante ou trop variable.

La voie injectable devient alors indispensable, notamment pour :

  • l’analgésie et la gestion de la douleur,
  • les anti-inflammatoires,
  • certains antibiotiques,
  • les antifongiques,
  • ou d’autres traitements systémiques nécessitant une concentration plasmatique fiable.

Les injections ne relèvent donc pas uniquement d’un cadre anesthésique, mais constituent un outil central dans la mise en place des traitements chez le requin.

Choix de la voie d’administration

Les voies principalement décrites chez les requins sont :

  • la voie intramusculaire (IM),
  • la voie intraveineuse (IV),
  • plus rarement la voie sous-cutanée.

En pratique clinique, la voie intramusculaire est la plus utilisée. Elle offre un bon compromis entre facilité technique, rapidité d’exécution et efficacité thérapeutique. La voie intraveineuse est réservée à des situations spécifiques, nécessitant une maîtrise technique avancée et une contention parfaitement sécurisée.

Contention et gestion de la ventilation

Toute injection chez le requin implique une gestion rigoureuse de la contention et de la ventilation branchiale. L’objectif est de limiter le stress, d’éviter l’hypoxie et de réduire au maximum la durée de manipulation.

Contention requin pour injection
Requins

Le requin est maintenu :

  • soit partiellement immergé,
  • soit avec une irrigation continue des branchies à l’aide d’eau de mer oxygénée.

Le corps est soutenu sur toute sa longueur afin de limiter les contraintes mécaniques, notamment au niveau de la colonne vertébrale. La zone d’injection est dégagée et maintenue hors de l’eau uniquement le temps nécessaire au geste.

L’immobilité réflexe observée chez certaines espèces peut faciliter des manipulations très courtes, mais ne constitue pas une alternative à une anesthésie adaptée lors de procédures douloureuses ou prolongées.

Injection intramusculaire : technique de référence

Site d’injection

La voie intramusculaire est classiquement réalisée dans la musculature épaxiale dorsale, de part et d’autre de la colonne vertébrale. Le site est généralement choisi en arrière de la tête et à proximité de la base de la nageoire dorsale.

Injection intramusculaire requin
Zone conseillée pour l’injection chez le requin.

Ce site présente plusieurs avantages :

  • une masse musculaire suffisante,
  • une bonne vascularisation,
  • un risque limité de diffusion intra-coelomique.

La ligne médiane est évitée afin de prévenir toute atteinte vertébrale.

Réalisation pratique

L’aiguille est introduite perpendiculairement ou légèrement oblique, à une profondeur adaptée à la taille de l’animal. Après l’injection, une pression manuelle transitoire sur le point d’entrée permet de limiter le reflux du produit, phénomène possible chez les requins du fait de l’élasticité cutanée.

Lorsque le volume à administrer est important, il est recommandé de fractionner l’injection sur plusieurs sites musculaires afin de limiter la douleur locale et les lésions tissulaires.

Injection intraveineuse : indications ciblées

La voie intraveineuse est principalement utilisée lorsque :

  • un effet rapide et contrôlé est recherché,
  • une titration précise du médicament est nécessaire,
  • ou dans des contextes de recherche ou de pharmacocinétique.

L’accès se fait le plus souvent au niveau de la vascularisation caudale, par une insertion latérale dans le pédoncule caudal. Cette technique requiert une connaissance fine de l’anatomie vasculaire et une contention stricte, la queue restant une zone puissante et potentiellement dangereuse.

Autres voies et limites

La voie sous-cutanée est peu documentée chez les requins. La diffusion des médicaments et la tolérance locale sont plus variables que par voie intramusculaire, ce qui limite son intérêt clinique.

Quel que soit le protocole retenu, l’injection doit toujours être intégrée dans une approche globale, tenant compte de l’espèce, de la taille, de la température de l’eau et de l’état général de l’animal.

Surveillance post-injection

Après l’administration d’un traitement injectable, une surveillance attentive est nécessaire : reprise d’une ventilation branchiale régulière, comportement de nage, posture et réactivité.

Les paramètres environnementaux (température, salinité, qualité de l’eau) influencent directement la récupération et l’efficacité du traitement, et doivent être maîtrisés avec autant de rigueur que le geste médical lui-même.




FAQ – Injections chez le requin

Les injections sont-elles fréquentes chez le requin ?
Elles sont utilisées lorsque la voie par immersion n’est pas suffisante, notamment pour certains traitements systémiques.
Sont-elles réservées à l’anesthésie ?
Non. Les injections sont largement utilisées pour la mise en place de traitements médicaux, en particulier antalgiques, anti-inflammatoires et anti-infectieux.
Quel est le site d’injection le plus utilisé ?
La musculature dorsale, de part et d’autre de la colonne vertébrale, est le site de référence pour la voie intramusculaire.
Le requin doit-il sortir complètement de l’eau ?
Non. Seule la zone d’injection est maintenue hors de l’eau, tandis que les branchies restent immergées ou irriguées.
Existe-t-il des risques ?
Comme pour toute manipulation, il existe des risques pour l’animal et l’équipe. Ils sont limités par une préparation rigoureuse, une contention adaptée et une durée de manipulation réduite.

Ressources & Bibliographie

  • RESTRAINT, SEDATION, AND ANESTHESIA OF SHARKS (CABI Digital Library) Accès Source
  • Meloxicam Administered in Nurse Sharks (Frontiers Vet Sci, 2022) Pharmacocinétique IM/IV
  • Fish Sedation, Anesthesia, Analgesia, and Euthanasia (Neiffer D, 2009) Consulter PDF
  • Anaesthesia of laboratory, aquaculture and ornamental fish (Readman GD et al., 2021) Source PMC
  • Elasmobranches (Sharks, Rays, and Skates) (Wiley Online Library) Anatomie & Médecine
  • Analgesia in Fish (DPI NSW, 2024) Fiches techniques
  • Updates on antifungal pharmacotherapy in elasmobranchs (Frontiers Vet Sci, 2024) Étude 2024
  • Short-term effects of standard procedures associated with shark capture (ScienceDirect, 2023) Gestion du stress

Dossiers complémentaires : Spécial Requins 🦈

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