Dr Nicolas MARTINEZ

Dr Nicolas MARTINEZ

DIE Santé de la faune sauvage libre

Lingostière Clinique Vétérinaire – Nice

Antibiotiques chez les NAC

Ce qu’il faut connaître pour éviter de faire plus de mal que de bien

À la clinique, nous le répétons souvent : l’automédication n’a aucune place chez les NAC.

Mais connaître les maladies infectieuses, comprendre pourquoi certains antibiotiques sont dangereux selon l’espèce, et savoir lesquels sont habituellement mieux tolérés, fait partie des bases indispensables en médecine vétérinaire.

Cet article n’est ni une ordonnance, ni une invitation à traiter “au hasard”. C’est une ressource de partage, pensée pour les étudiants vétérinaires, les confrères, et toute personne souhaitant comprendre pourquoi un antibiotique banal chez le chien ou le chat peut être dramatique chez un lapin, un cobaye ou un chinchilla.

Antibiotiques chez les NAC

Pourquoi les antibiotiques sont un sujet à part chez les NAC

Chez de nombreux petits mammifères, notamment les herbivores stricts, la flore digestive est un organe vital. Un antibiotique mal choisi peut déséquilibrer brutalement cette flore, provoquer une dysbiose sévère, une entérotoxémie, une anorexie aiguë… parfois fatale.

Lapin en consultation

Le risque dépend de l’espèce, de la molécule, de la voie d’administration et de l’état digestif et général de l’animal. D’où l’importance de connaître les grandes familles à risque avant même de penser à traiter.

Antibiotiques à risque chez les NAC

À connaître absolument avant toute prescription

Chez le lapin

  • Lincosamides (ex : clindamycine, lincomycine)
  • Plusieurs macrolides (érythromycine, tylosine, azithromycine selon contexte)
  • Certains aminosides (spectinomycine, streptomycine)
  • Bêta-lactamines de manière générale, hors protocoles très encadrés

Chez le lapin, le danger n’est pas toujours immédiat. Une dégradation progressive de l’appétit ou des crottes doit toujours alerter.

Chez le cobaye et le chinchilla

Leur sensibilité digestive est encore plus marquée. Familles classiquement problématiques : Bêta-lactamines, Lincosamides, Macrolides, Polypeptides, certains aminosides et tétracyclines.

Cobaye malade

Cas particulier du chinchilla : Le métronidazole, pourtant souvent considéré comme “sûr”, est connu pour réduire fortement la prise alimentaire chez cette espèce, même à des doses usuelles. Chez un animal déjà fragile, cette anorexie peut suffire à déclencher une décompensation.

Chinchilla vétérinaire

Chez le hamster, le rat et la souris

Le profil de risque du hamster est proche de celui du cobaye. Pour le rat et la souris, la tolérance est globalement meilleure, mais la prudence reste nécessaire avec les lincosamides et les macrolides.

Point fondamental à ne jamais oublier

Fluoroquinolones = antibiotiques critiques

L’enrofloxacine et la marbofloxacine font partie des antibiotiques d’importance critique au sens de la réglementation et de l’usage raisonné. Même chez les NAC, où elles sont souvent bien tolérées sur le plan digestif, elles ne doivent jamais être utilisées par facilité.

  • 👉 Tolérance ≠ indication automatique
  • 👉 Efficacité ≠ premier choix systématique

Antibiotiques généralement mieux tolérés chez les NAC

Des options, pas des recettes

Certaines molécules sont habituellement mieux tolérées, à condition d’être utilisées avec discernement : Triméthoprime-sulfamides (TMPS), Doxycycline, Azithromycine, Métronidazole, Benzylpénicilline, Enrofloxacine et Marbofloxacine.

Quelques rappels importants :

  • “Mieux toléré” ne signifie jamais “sans risque”
  • La voie d’administration change le profil de sécurité
  • La pharmacocinétique peut être très variable selon les individus
  • L’antibiogramme reste la référence dès que possible

En pratique : ce que nous surveillons toujours en clinique

Dès les premières 24 à 72 heures, nous surveillons : l’appétit, la production de crottes, la posture, la douleur, l’activité et la température. Une anorexie, une diarrhée ou une baisse brutale de l’état général impose un arrêt et une réévaluation immédiate.

Pourquoi partager ces informations publiquement

Rendre ces données accessibles n’encourage pas l’automédication. Au contraire, cela permet : d’éviter des erreurs graves, d’améliorer le dialogue entre vétérinaires, de former les étudiants et d’expliquer clairement aux propriétaires pourquoi certains antibiotiques sont exclus.

À retenir

  • Un antibiotique efficace chez le chien peut être dangereux chez un NAC
  • Le risque est avant tout digestif, mais parfois systémique
  • Connaître les familles à risque est indispensable
  • Le diagnostic et la surveillance priment toujours sur la rapidité de prescription

Mémo étudiants vétérinaires

Espèce Antibiotiques à risque digestif Options possibles (hiérarchisées)
LapinLincosamides, macrolides, aminosides, bêta-lactaminesTMPS, doxycycline, pénicilline G encadrée → fluoroquinolones si justifié
CobayeBêta-lactamines, lincosamides, macrolides, polypeptidesTMPS, doxycycline → fluoroquinolones en recours
ChinchillaIdem cobaye + vigilance métronidazoleTMPS → fluoroquinolones avec prudence
HamsterBêta-lactamines, lincosamides, macrolidesTMPS, doxycycline → fluoroquinolones si nécessaire
Rat / SourisPrudence lincosamides, macrolidesTMPS, doxycycline, fluoroquinolones si indiqué

Les fluoroquinolones (enrofloxacine, marbofloxacine) sont des antibiotiques critiques. Leur utilisation doit rester raisonnée, justifiée, et idéalement guidée par un antibiogramme.

Questions Fréquentes (FAQ)

Pourquoi la clindamycine est si redoutée chez ces espèces ?
Parce que certains antibiotiques déséquilibrent brutalement la flore fermentaire, favorisent des surcroissances toxigènes, et les herbivores stricts décompensent vite.
Est-ce qu’un antibiotique injectable est toujours plus sûr que per os ?
Non. La voie change le risque, mais ne l’annule pas. Certaines molécules restent problématiques, et l’état digestif initial compte énormément.
Quels antibiotiques sont dangereux chez le lapin ?
Les lincosamides, plusieurs macrolides, certains aminosides, et plus largement les bêta-lactamines hors protocoles très encadrés.
Le métronidazole est-il sûr chez le chinchilla ?
Chez le chinchilla, il peut provoquer une diminution marquée de la prise alimentaire. Chez une espèce sensible au jeûne, cette anorexie peut suffire à décompenser l’animal.
Pourquoi éviter l’usage systématique des fluoroquinolones ?
Ce sont des antibiotiques critiques. Leur utilisation excessive favorise les résistances. Le confort digestif ne justifie pas à lui seul leur prescription systématique.
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Cet article a pour but de diffuser des connaissances vétérinaires. Il ne remplace en aucun cas une consultation, un diagnostic ou une prescription vétérinaire. Toute automédication chez les NAC est fortement déconseillée.

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