La syphilis du lapin (tréponématose)
La syphilis du lapin, aussi appelée tréponématose, est une maladie bactérienne spécifique du lapin domestique et des lagomorphes. Elle est causée par Treponema paraluisleporidarum écovar Cuniculus (anciennement T. cuniculi). Fréquente en élevage, elle reste plus sporadique chez le lapin de compagnie, mais probablement sous-diagnostiquée en pratique NAC.
Il s’agit d’une affection non zoonotique, strictement spécifique au lapin, avec un excellent pronostic lorsque le diagnostic est posé tôt et le traitement correctement conduit.
Étiologie et épidémiologie
Treponema paraluisleporidarum est un spirochète morphologiquement proche de l’agent de la syphilis humaine, mais biologiquement distinct et non transmissible à l’homme.
La transmission se fait principalement :
- par voie vénérienne lors des accouplements,
- par contact direct avec des lésions actives,
- plus rarement de la mère aux jeunes lors de l’allaitement.
Le germe peut persister chez des porteurs asymptomatiques et se réactiver lors d’un stress immunitaire (reproduction, gestation, pathologie intercurrente). En élevage, des foyers épidémiques sont décrits. En clinique de lapin de compagnie, les cas sont souvent isolés et parfois atypiques.
Présentation clinique
La maladie atteint préférentiellement les jonctions muco-cutanées.
Lésions typiques
- croûtes épaisses, blanchâtres à brunâtres,
- érythème, papules puis ulcérations,
- saignements discrets possibles.
Localisations fréquentes
- organes génitaux externes (vulve, prépuce, périnée),
- nez, lèvres, menton,
- paupières et régions péri-orales.
Par autotoilettage, les lésions génitales peuvent être suivies d’atteintes faciales secondaires. L’incubation est longue, de 3 à 16 semaines, ce qui explique des présentations tardives.
État général
L’état général est le plus souvent conservé. Chez certains animaux, on peut observer :
- baisse d’appétit transitoire,
- amaigrissement modéré,
- troubles de la reproduction en contexte d’élevage (infertilité, avortements).
Diagnostic
Le diagnostic repose d’abord sur la clinique, devant des lésions très évocatrices aux jonctions muco-cutanées. Les examens complémentaires permettent de confirmer et d’écarter les diagnostics différentiels :
- microscopie à fond noir sur prélèvement de lésion montrant des spirochètes mobiles,
- PCR sur écouvillonnage des lésions,
- histopathologie en cas de forme atypique (dermatite lymphoplasmocytaire, spirochètes visibles en coloration argentique),
- sérologie sanguine utilisable pour le dépistage, notamment en élevage.
Les principaux diagnostics différentiels sont la myxomatose, les dermatoses parasitaires, certaines mycoses et les lésions traumatiques infectées.
Traitement
Le traitement de référence reste la pénicilline injectable, utilisée avec prudence chez le lapin.
Antibiothérapie
- pénicilline G benzathine ou procaïne, par voie injectable,
- injections répétées sur plusieurs semaines selon le protocole,
- surveillance étroite de l’appétit et du transit digestif.
Les lésions régressent souvent rapidement, en une à deux semaines, mais le traitement doit impérativement être poursuivi jusqu’au terme recommandé afin de limiter les rechutes.
Soins associés
- nettoyage doux des lésions (chlorhexidine diluée),
- analgésie si inconfort local,
- isolement temporaire de l’animal.
Pronostic et prévention
Le pronostic est excellent lorsque le traitement est complet et correctement suivi. Les rechutes sont rares mais possibles en cas d’arrêt prématuré ou de portage résiduel.
Mesures de prévention
- isolement des animaux atteints,
- traitement des animaux en contact en élevage,
- quarantaine stricte lors de l’introduction d’un nouveau lapin,
- stérilisation recommandée chez le lapin de compagnie pour limiter la transmission vénérienne.
À retenir pour les propriétaires
- la syphilis du lapin n’est pas transmissible à l’homme,
- les lésions peuvent mimer d’autres maladies plus graves comme la myxomatose,
- un diagnostic précoce change totalement le pronostic,
- l’automédication est à éviter, certains antibiotiques étant dangereux chez le lapin.
FAQ – Syphilis du lapin (tréponématose)
La syphilis du lapin est-elle grave ?
La syphilis du lapin est-elle transmissible à l’homme ?
Comment un lapin attrape-t-il la syphilis ?
Quels sont les premiers signes à surveiller ?
Peut-on confondre la syphilis du lapin avec une autre maladie ?
Le lapin peut-il être porteur sans symptômes ?
Comment le diagnostic est-il confirmé ?
Quel est le traitement de la syphilis du lapin ?
Les lésions disparaissent-elles rapidement ?
Faut-il isoler un lapin atteint ?
Quand consulter un vétérinaire ?
- MediRabbit. Tréponématose ou syphilis du lapin. 2015.
- MediRabbit. Rapport de cas : tréponématose atypique ou syphilis du lapin. 2009.
- Veteringroup. Syphilis due to Treponema paraluisleporidarum ecovar Cuniculus in rabbits. 2023.
- Laboklin. Treponema paraluiscuniculi (syphilis du lapin).
- University of Missouri. Venereal Spirochetosis (Rabbit Syphilis, Vent Disease). 2023.
- Çakmak A et al. Tpr Homologs in Treponema paraluiscuniculi. 2004.
- Harper PA et al. Penicillin Treatment Failure in Rabbit Syphilis. 2021.
- Stover RH, Dimock WW. Venereal Spirochetosis of Rabbits. Cornell Vet. 1981.
