Leishmanioses humaines : formes viscérales, cutanées et cutanéo-muqueuses (comparaison avec le chien)
Le parasite Leishmania et le cycle biologique
Leishmania est un protozoaire flagellé tissulaire transmis par un moucheron hématophage : le phlébotome. La maladie est une zoonose, responsable de leishmanioses cutanées, muqueuses et viscérales.
Deux formes clés
- Amastigote : forme intracellulaire (dans les macrophages), retrouvée chez l’homme.
- Promastigote : forme libre flagellée, retrouvée chez le vecteur.
Le passage d’une forme à l’autre est indispensable à la transmission et explique la dynamique des atteintes tissulaires.
Chez le chien, le cycle est identique. La particularité pratique est la fréquence du portage chronique (parfois asymptomatique) qui entretient la circulation du parasite en zone d’endémie.
Phlébotome : vecteur, saisonnalité et distribution
La présence du phlébotome conditionne la distribution des leishmanioses. En zone intertropicale, le vecteur peut être présent toute l’année. En zone tempérée, la présence est souvent saisonnière, ce qui influence les périodes à risque.
Les phlébotomes piquent aussi bien l’homme que le chien. La protection du chien contre les piqûres est un levier de prévention à la fois vétérinaire et de santé publique.
Systèmes leishmaniens : zoonose ou anthroponose
Selon les régions du monde et l’espèce en cause, l’épidémiologie des leishmanioses repose sur des cycles différents :
- Transmission anthroponotique : l’homme est le principal réservoir.
- Transmission zoonotique : des réservoirs animaux interviennent (notamment les canidés domestiques et sauvages).
En Europe du Sud et bassin méditerranéen, la leishmaniose liée à L. infantum est typiquement zoonotique. Le chien est un réservoir domestique majeur : ce fait explique la stratégie de prévention centrée sur la protection des chiens.
Leishmaniose cutanée humaine
Les leishmanioses cutanées localisées (souvent désignées comme « bouton d’Orient ») sont fréquentes en Afrique du Nord, en Asie et en Amérique centrale. Plusieurs espèces peuvent être impliquées. Les lésions siègent typiquement sur les zones découvertes accessibles au phlébotome.
Tableau clinique typique
- Incubation : 1 à 4 mois.
- Localisation : visage, mains, avant-bras, membres inférieurs.
- Lésion : bien circonscrite, indolore, souvent ulcérée.
- Évolution : sur plusieurs mois.
Chez le chien, les lésions cutanées peuvent être très variées et s’intégrer dans une atteinte systémique. Chez l’homme, la forme cutanée peut rester localisée et évoluer lentement.
Leishmaniose cutanéo-muqueuse humaine
Les leishmanioses cutanéo-muqueuses sont surtout liées à L. braziliensis. Elles débutent par une lésion cutanée, puis une atteinte muqueuse peut apparaître secondairement, souvent au niveau nasal, avec un risque destructeur important.
Signes majeurs
- Lésion cutanée initiale.
- Atteinte muqueuse secondaire : granulome, cloison nasale, destruction.
Les atteintes muqueuses sont rares chez le chien. En pratique, les signes dominants sont plutôt cutanés, ganglionnaires et rénaux, selon le stade et la réponse immunitaire.
Leishmaniose viscérale humaine
La leishmaniose viscérale est la forme la plus grave. Elle concerne notamment L. infantum et L. donovani. Elle associe classiquement fièvre prolongée, atteinte viscérale (hépato-splénomégalie) et cytopénies.
Signaux d’alerte
- Fièvre prolongée résistant aux antibiotiques.
- Hépato-splénomégalie marquée.
- Anémie / pancytopénie, amaigrissement.
Chez le chien, la maladie est typiquement chronique. On observe fréquemment amaigrissement, lésions cutanées, adénopathies et atteinte rénale. La guérison parasitologique complète est rarement obtenue, ce qui explique le rôle de réservoir.
Diagnostic biologique : comment confirmer une leishmaniose ?
Le diagnostic dépend de la forme clinique. Pour les formes cutanées, l’orientation repose sur le contexte épidémiologique, la localisation et la durée d’évolution des lésions.
Diagnostic de certitude (formes cutanées)
- Prélèvement : bordure inflammatoire de la lésion.
- Frottis MGG : visualisation des amastigotes.
- PCR : technique très sensible.
En pratique vétérinaire, la sérologie et la PCR sont des outils centraux. La mise en évidence directe (cytologie/biopsie) est utile pour documenter la charge parasitaire.
Traitement et prévention
Traitement des formes cutanées et cutanéo-muqueuses
Leishmaniose cutanée : pour des lésions uniques, des options locales existent (infiltrations d’antimoniés, cryothérapie). En cas de diffusion, un traitement parentéral peut être indiqué.
Leishmaniose cutanéo-muqueuse : traitement systémique par antimoniés pentavalents.
La prévention canine (colliers/spot-on répulsifs) est un levier majeur, car elle réduit le risque d’infection du chien et la probabilité qu’un phlébotome devienne infectant, ce qui participe indirectement à la protection humaine.
Leishmaniose et One Health : un message simple
La leishmaniose illustre un principe : on ne peut pas séparer santé humaine, santé animale et environnement. Le parasite, le phlébotome, les réservoirs (dont le chien) et les conditions écologiques forment un système. La prévention repose sur des stratégies combinées, adaptées aux régions et aux cycles de transmission.
Sources scientifiques et remerciements
Ce contenu s’appuie sur des supports pédagogiques universitaires de médecine humaine et d’entomologie médicale. Remerciements aux auteurs :
- O. Mouri (Sorbonne Université) : leishmanioses viscérales et cutanées.
- J. Depaquit (Université de Reims, ANSES VECPAR) : biologie des phlébotomes.
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