Cheyletiellose du lapin : comprendre et traiter la « gale marchante »
Cheyletiella parasitivorax est un acarien non fouisseur, mesurant environ 0,3 à 0,5 mm. Il vit à la surface de la peau, entre les squames, où il se nourrit de débris kératiniques et de sérosités cutanées. Son cycle est entièrement réalisé sur l’hôte en deux à trois semaines (œuf, larve, nymphe, adulte). En dehors du lapin, il peut survivre plusieurs jours dans l’environnement, ce qui explique les récidives lorsque la désinfection est négligée.
En pratique, ce parasite touche surtout :
- les lapins jeunes ou âgés,
- les animaux immunodéprimés,
- les lapins présentant déjà un autre problème chronique (dentaire, arthrose, troubles digestifs),
- les animaux vivant en collectivité ou dans un environnement difficile à nettoyer.
La transmission est directe, par contact, mais aussi indirecte, via la cage, la litière, les tapis ou les bras du propriétaire.
Signes cliniques : le prurit du lapin n’est pas toujours évident
Chez le lapin, la cheyletiellose est parfois plus spectaculaire que douloureuse. Les lésions débutent classiquement sur : le dos, la région lombaire, la nuque, la base des hanches.
On observe :
- des pellicules épaisses, blanchâtres, parfois décrites comme une “farine”,
- des squames qui semblent se déplacer,
- une alopécie localisée ou diffuse,
- parfois des croûtes et un érythème discret.
Le prurit peut être modéré, voire absent, ce qui retarde souvent la consultation. À l’inverse, chez l’humain, le contact avec un lapin infesté peut provoquer des démangeaisons transitoires, souvent sur les avant-bras ou les jambes, sous forme de petites papules prurigineuses.
Diagnostic : souvent simple, parfois trompeur
Consulter les références scientifiquesLe diagnostic est avant tout clinique. L’aspect des pellicules, leur localisation et leur mobilité sont très évocateurs. Pour confirmer : scotch-test, raclage cutané superficiel, brossage des squames, observation microscopique des acariens ou de leurs œufs.
En pratique, les faux négatifs existent, surtout lorsque l’infestation est modérée. C’est pourquoi la réponse au traitement fait souvent partie intégrante du raisonnement diagnostique. Il est indispensable d’éliminer d’autres causes fréquentes de prurit ou de squames chez le lapin : Leporacarus gibbus, dermatophytose, poux, troubles dermatologiques secondaires à une pathologie générale. Chez certains lapins fragiles, plusieurs affections peuvent coexister.
Traitement de la cheyletiellose chez le lapin
Le traitement doit être rigoureux, complet et coordonné, sous peine d’échec ou de récidive.
Traitement de l’animal
Les molécules les plus utilisées en pratique sont :
- Ivermectine : Administrée par voie injectable ou orale, en plusieurs prises espacées de 10 à 14 jours. Elle est efficace et bien tolérée lorsqu’elle est correctement dosée.
- Selaméctine spot-on : Utilisée hors AMM mais avec d’excellents résultats cliniques chez le lapin. Elle présente l’avantage d’une administration simple et d’une bonne observance.
Les sprays à base de pyréthrines peuvent être utilisés en complément, mais ne doivent jamais constituer le traitement principal. Certains antiparasitaires utilisés chez le chien ou le chat sont formellement contre-indiqués chez le lapin. Toute automédication est à proscrire.
C’est un point sur lequel j’insiste systématiquement en consultation. Sans désinfection de l’environnement, le traitement de l’animal seul ne suffit pas. À mettre en place : nettoyage complet de la cage et des accessoires à l’eau chaude, changement intégral de la litière, aspiration des tapis et textiles (sacs jetables), répétition du protocole sur plusieurs semaines.
Zoonose : que risque le propriétaire ?
Chez l’homme, la cheyletiellose est une zoonose mineure. Les lésions sont transitoires, disparaissent spontanément une fois le lapin traité, et ne nécessitent qu’un traitement symptomatique en cas de démangeaisons. Il n’y a pas de parasitisme durable chez l’humain.
Pronostic et suivi
Le pronostic est excellent lorsque le diagnostic est posé rapidement et que le protocole est respecté. Une amélioration nette est généralement visible en deux à trois semaines. Un contrôle clinique, parfois microscopique, est recommandé pour s’assurer de la disparition complète du parasite.
Chez le lapin de compagnie, la cheyletiellose doit toujours être replacée dans une approche globale : état dentaire, alimentation, poids, conditions de vie. C’est souvent l’arbre qui cache une fragilité sous-jacente.
À retenir pour les propriétaires
- Les pellicules qui bougent ne sont jamais anodines chez le lapin.
- Le prurit peut être discret ou absent.
- Le traitement doit concerner l’animal et son environnement.
- L’automédication est dangereuse chez le lapin.
FAQ – Prurit et démangeaisons chez le lapin
Pourquoi mon lapin se gratte-t-il autant ?
Mon lapin a des pellicules blanches sur le dos, est-ce grave ?
C’est quoi la “gale marchante” chez le lapin ?
Un lapin peut-il avoir des parasites sans se gratter ?
La cheyletiellose du lapin est-elle contagieuse ?
Puis-je attraper quelque chose si mon lapin a la cheyletiellose ?
Comment diagnostiquer un parasite chez le lapin ?
Quels parasites donnent des démangeaisons chez le lapin ?
Peut-on traiter un lapin contre les parasites sans voir de parasite ?
Les pipettes pour chien ou chat sont-elles adaptées au lapin ?
Pourquoi mon lapin se gratte surtout sur le dos ?
Faut-il nettoyer la cage si mon lapin a des parasites ?
Combien de temps faut-il pour guérir une cheyletiellose chez le lapin ?
Un lapin qui se gratte beaucoup est-il forcément parasité ?
Quand consulter pour un lapin qui se gratte ?
Références scientifiques
Sources principales et ressources vétérinaires :
- Bergvall K. Treatment of rabbit cheyletiellosis with selamectin or ivermectin. Acta Vet Scand, 2008. Lien PMC2235873
- Redrobe S et al. In rabbits with cheyletiellosis is topical selamectin or ivermectin more effective? Vet Evid, 2022.
- Le Point Vétérinaire n°257. Diagnostic et traitement de la cheyletiellose, 2005.
- ESCCAP France. Les cheyletielles, agents de la cheyletiellose.
- VCA Hospitals. Cheyletiellosis (Walking Dandruff) in Rabbits, 2021.
- Unusual Pet Vets. Cheyletiella parasitivorax – Rabbit Fur Mite.
