Dr Marjorie MARIO
Médecine & Chirurgie des NAC

Dr Marjorie MARIO

Vétérinaire. Titulaire du DE de Médecine et chirurgie des NAC.

La syphilis du lapin (tréponématose)

La syphilis du lapin, aussi appelée tréponématose, est une maladie bactérienne spécifique du lapin domestique et des lagomorphes. Elle est causée par Treponema paraluisleporidarum écovar Cuniculus (anciennement T. cuniculi). Fréquente en élevage, elle reste plus sporadique chez le lapin de compagnie, mais probablement sous-diagnostiquée en pratique NAC.

Il s’agit d’une affection non zoonotique, strictement spécifique au lapin, avec un excellent pronostic lorsque le diagnostic est posé tôt et le traitement correctement conduit.

Étiologie et épidémiologie

Treponema paraluisleporidarum est un spirochète morphologiquement proche de l’agent de la syphilis humaine, mais biologiquement distinct et non transmissible à l’homme.

La transmission se fait principalement :

  • par voie vénérienne lors des accouplements,
  • par contact direct avec des lésions actives,
  • plus rarement de la mère aux jeunes lors de l’allaitement.

Le germe peut persister chez des porteurs asymptomatiques et se réactiver lors d’un stress immunitaire (reproduction, gestation, pathologie intercurrente). En élevage, des foyers épidémiques sont décrits. En clinique de lapin de compagnie, les cas sont souvent isolés et parfois atypiques.

Présentation clinique

La maladie atteint préférentiellement les jonctions muco-cutanées.

Lésions typiques

  • croûtes épaisses, blanchâtres à brunâtres,
  • érythème, papules puis ulcérations,
  • saignements discrets possibles.

Localisations fréquentes

  • organes génitaux externes (vulve, prépuce, périnée),
  • nez, lèvres, menton,
  • paupières et régions péri-orales.

Par autotoilettage, les lésions génitales peuvent être suivies d’atteintes faciales secondaires. L’incubation est longue, de 3 à 16 semaines, ce qui explique des présentations tardives.

État général

L’état général est le plus souvent conservé. Chez certains animaux, on peut observer :

  • baisse d’appétit transitoire,
  • amaigrissement modéré,
  • troubles de la reproduction en contexte d’élevage (infertilité, avortements).

Diagnostic

Le diagnostic repose d’abord sur la clinique, devant des lésions très évocatrices aux jonctions muco-cutanées. Les examens complémentaires permettent de confirmer et d’écarter les diagnostics différentiels :

  • microscopie à fond noir sur prélèvement de lésion montrant des spirochètes mobiles,
  • PCR sur écouvillonnage des lésions,
  • histopathologie en cas de forme atypique (dermatite lymphoplasmocytaire, spirochètes visibles en coloration argentique),
  • sérologie sanguine utilisable pour le dépistage, notamment en élevage.

Les principaux diagnostics différentiels sont la myxomatose, les dermatoses parasitaires, certaines mycoses et les lésions traumatiques infectées.

Traitement

Le traitement de référence reste la pénicilline injectable, utilisée avec prudence chez le lapin.

Antibiothérapie

  • pénicilline G benzathine ou procaïne, par voie injectable,
  • injections répétées sur plusieurs semaines selon le protocole,
  • surveillance étroite de l’appétit et du transit digestif.

Les lésions régressent souvent rapidement, en une à deux semaines, mais le traitement doit impérativement être poursuivi jusqu’au terme recommandé afin de limiter les rechutes.

Soins associés

  • nettoyage doux des lésions (chlorhexidine diluée),
  • analgésie si inconfort local,
  • isolement temporaire de l’animal.

Pronostic et prévention

Le pronostic est excellent lorsque le traitement est complet et correctement suivi. Les rechutes sont rares mais possibles en cas d’arrêt prématuré ou de portage résiduel.

Mesures de prévention

  • isolement des animaux atteints,
  • traitement des animaux en contact en élevage,
  • quarantaine stricte lors de l’introduction d’un nouveau lapin,
  • stérilisation recommandée chez le lapin de compagnie pour limiter la transmission vénérienne.

À retenir pour les propriétaires

  • la syphilis du lapin n’est pas transmissible à l’homme,
  • les lésions peuvent mimer d’autres maladies plus graves comme la myxomatose,
  • un diagnostic précoce change totalement le pronostic,
  • l’automédication est à éviter, certains antibiotiques étant dangereux chez le lapin.

FAQ – Syphilis du lapin (tréponématose)

La syphilis du lapin est-elle grave ?
Non, lorsqu’elle est diagnostiquée et traitée correctement, la syphilis du lapin a un excellent pronostic. Les lésions régressent rapidement sous traitement antibiotique adapté.
La syphilis du lapin est-elle transmissible à l’homme ?
Non. La tréponématose du lapin n’est pas une zoonose. La bactérie est strictement spécifique aux lagomorphes et ne se transmet pas à l’être humain.
Comment un lapin attrape-t-il la syphilis ?
La transmission se fait principalement par contact direct entre lapins, surtout lors des accouplements. Elle peut aussi se produire par contact avec des lésions infectées ou, plus rarement, de la mère aux jeunes.
Quels sont les premiers signes à surveiller ?
Les signes les plus fréquents sont des croûtes épaisses autour du nez, des lèvres, des paupières ou des organes génitaux. Ces lésions ne grattent pas toujours et l’état général reste souvent bon.
Peut-on confondre la syphilis du lapin avec une autre maladie ?
Oui. Elle peut être confondue avec la myxomatose, certaines parasitoses ou des infections cutanées. La différence est majeure, car la myxomatose a un pronostic beaucoup plus réservé.
Le lapin peut-il être porteur sans symptômes ?
Oui. Certains lapins sont porteurs asymptomatiques et peuvent développer des lésions plus tard, notamment en période de stress, de reproduction ou de baisse d’immunité.
Comment le diagnostic est-il confirmé ?
Le diagnostic repose sur l’examen clinique, complété si besoin par des examens spécifiques comme une sérologie sanguine, une PCR ou des prélèvements locaux (fond noir).
Quel est le traitement de la syphilis du lapin ?
Le traitement repose sur une antibiothérapie injectable spécifique, le plus souvent à base de pénicilline, sur plusieurs semaines. Il ne faut jamais traiter un lapin sans avis vétérinaire.
Les lésions disparaissent-elles rapidement ?
Oui, l’amélioration clinique est souvent visible en une à deux semaines. Cependant, le traitement doit être poursuivi jusqu’au bout pour éviter les rechutes.
Faut-il isoler un lapin atteint ?
Oui. Il est recommandé d’isoler temporairement le lapin malade afin d’éviter la transmission aux autres lapins du foyer, surtout s’ils ne sont pas stérilisés.
Quand consulter un vétérinaire ?
Dès l’apparition de croûtes persistantes au niveau du nez, de la bouche ou des organes génitaux. Une prise en charge précoce permet d’éviter les complications.
Sources et bibliographie :
  1. MediRabbit. Tréponématose ou syphilis du lapin. 2015.
  2. MediRabbit. Rapport de cas : tréponématose atypique ou syphilis du lapin. 2009.
  3. Veteringroup. Syphilis due to Treponema paraluisleporidarum ecovar Cuniculus in rabbits. 2023.
  4. Laboklin. Treponema paraluiscuniculi (syphilis du lapin).
  5. University of Missouri. Venereal Spirochetosis (Rabbit Syphilis, Vent Disease). 2023.
  6. Çakmak A et al. Tpr Homologs in Treponema paraluiscuniculi. 2004.
  7. Harper PA et al. Penicillin Treatment Failure in Rabbit Syphilis. 2021.
  8. Stover RH, Dimock WW. Venereal Spirochetosis of Rabbits. Cornell Vet. 1981.

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