Goutte articulaire chez un Pogona vitticeps (Lézard barbu) de 2 ans : cas clinique et rappel physiopathologique
Présentation du cas clinique de ce Pogona vitticeps (Lézard barbu)
Une femelle Pogona vitticeps, âgée de 2 ans, est présentée en consultation pour des déformations progressives des membres associées à un œdème marqué des pattes et une diminution de la mobilité. Le poids à l’admission est de 380 g.
L’animal est maintenu en terrarium.
Examen clinique et examens complémentaires du pogona
Examen clinique
L’examen général met en évidence :
- Un œdème des membres, prédominant au niveau des articulations (carpo-métacarpiennes, tarso-métatarsiennes et interphalangiennes).
- Des déformations visibles des pattes avec élargissement nodulaire péri-articulaire compatible cliniquement avec des tophi.
- Une locomotion difficile, sans notion de traumatisme aigu et sans déficit neurologique évident.
L’état général est globalement conservé, sans anorexie marquée au moment de la consultation, ce qui souligne le caractère insidieux et chronique de la maladie, fréquemment rapporté dans la goutte des reptiles.
Biochimie sanguine
Le bilan biochimique révèle : Acide urique : 1577 µmol/L, soit une hyperuricémie majeure. Hyperprotéinémie et hyperlipidémie associées. Calcium, phosphore et électrolytes dans les valeurs usuelles pour l’espèce.
Chez les reptiles, l’acide urique est le principal produit terminal du métabolisme azoté et constitue le marqueur biologique clé de la fonction rénale et du risque de goutte. Une augmentation importante de l’uricémie est classiquement associée à une diminution de l’excrétion rénale (déshydratation, atteinte rénale) et/ou à un excès d’apport protéique.
Des valeurs supérieures à 750 µmol/L sont généralement considérées comme fortement suspectes d’hyperuricémie pathologique chez les sauriens, en particulier dans un contexte clinique compatible. L’uricémie mesurée dans ce cas dépasse ce seuil, renforçant l’hypothèse de goutte articulaire.
Imagerie du reptile lézard barbu
Les radiographies des membres montrent : Une augmentation de volume des tissus mous péri-articulaires. Des contours articulaires irréguliers avec opacités compatibles avec des dépôts d’urate. Une minéralisation osseuse globalement conservée, sans lésion évocatrice de maladie osseuse métabolique isolée.
La présence d’augmentation de densité des tissus mous et de contours articulaires irréguliers est compatible avec la présence de tophi uratiques péri-articulaires, comme décrit dans la goutte articulaire des reptiles. L’absence d’atteinte osseuse métaphyso-diaphysaire marquée oriente davantage vers une pathologie métabolique rénale (goutte) qu’une maladie osseuse métabolique primaire.
Diagnostic et discussion physiopathologique chez le Pogona
L’association de : Une hyperuricémie majeure (1577 µmol/L), des déformations et œdèmes péri-articulaires des membres, des images radiographiques compatibles avec des dépôts d’urate (tophi) est fortement évocatrice d’une goutte articulaire déjà évoluée chez ce Pogona vitticeps. Le diagnostic différentiel inclut notamment arthrite septique, polyarthrite d’origine bactérienne ou mycotique, et arthropathies traumatiques, mais l’hyperuricémie majeure et le contexte de maintenance renforcent l’orientation vers une goutte. Une confirmation histologique ou cytologique (ponction articulaire avec mise en évidence de cristaux d’urates) peut être envisagée dans les cas douteux, mais n’est pas systématiquement réalisée en pratique clinique lorsque l’ensemble clinico-biologique et radiographique est cohérent.
Rappels physiopathologiques chez le reptile
Chez les reptiles terrestres, l’acide urique est le principal produit terminal du métabolisme des purines et constitue la forme d’excrétion azotée dite « uricotélique ». L’uricémie dépend de plusieurs paramètres : quantité et nature des protéines ingérées (teneur en purines), fonction rénale (filtration glomérulaire et sécrétion tubulaire), état d’hydratation et débit urinaire.
Les urates, peu solubles, précipitent rapidement dès que leur concentration plasmatique dépasse un certain seuil, en particulier en contexte de déshydratation, ce qui favorise leur dépôt dans les tissus (viscères, reins, articulations). Chez les reptiles, la sécrétion d’urates est fortement dépendante du flux tubulaire ; en cas de déshydratation, la diminution du débit tubulaire conduit à l’arrêt de la sécrétion et à l’obstruction des tubules par des cristaux d’acide urique.
Dans ce cas clinique, plusieurs facteurs de risque sont réunis : alimentation riche en insectes (surcharge protéique et purinique), suspicion d’hydratation insuffisante ou de déshydratation chronique souvent sous-estimée chez les Pogona. La goutte articulaire chez les sauriens est ainsi considérée comme une manifestation secondaire d’un déséquilibre chronique entre production et excrétion d’acide urique. Les lésions articulaires observées sont typiquement chroniques et souvent irréversibles même après normalisation de l’uricémie.
Traitement par l’Allopurinol ? Prise en charge en clinique
Les premières mesures visent à restaurer l’équilibre hydrique et à corriger les facteurs de risque environnementaux : réhydratation (bains tièdes, fluidothérapie), correction des paramètres de maintenance (température, UVB) et rééquilibrage alimentaire (végétaux hydratés).
Traitement médical : allopurinol
Après mise en place d’une réhydratation et stabilisation de l’état général, un traitement par allopurinol est instauré. L’allopurinol est un inhibiteur de la xanthine oxydase, permettant de réduire la formation d’acide urique à partir des purines, et est largement utilisé dans le traitement de l’hyperuricémie et de la goutte chez les reptiles.
- Dose retenue : 10 mg/kg/jour per os.
- Pour un poids de 380 g : 3,8 mg/jour.
- Préparation : 1 comprimé de 100 mg dilué dans 5 ml d’eau (20 mg/ml). Volume : 0,2 ml/jour.
- Durée initiale : 30 jours avec réévaluation.
La littérature rapporte différentes posologies d’allopurinol chez les sauriens, souvent plus élevées. Une étude expérimentale chez l’iguane vert a montré qu’une dose orale d’environ 25 mg/kg permettait de réduire l’uricémie de 41 à 45% et de limiter les lésions histologiques rénales. Dans ce cas, une dose modérée est choisie compte tenu de l’hyperuricémie sévère mais du doute sur le degré d’atteinte rénale.
Suivi, pronostic et message clinique pour le lézard barbu
Le suivi repose sur l’évolution clinique (œdème, locomotion) et le contrôle répété de l’acide urique après 3 à 4 semaines. Le pronostic est réservé dans les formes articulaires déjà avancées, les déformations étant le plus souvent définitives.
Prévention chez le lézard barbu
Ce cas illustre une goutte articulaire sévère chez un Pogona vitticeps de 2 ans, pathologie encore trop souvent diagnostiquée tardivement. Il souligne le rôle central de l’acide urique comme marqueur de la fonction rénale et la nécessité de sensibiliser les propriétaires aux exigences en hydratation et équilibre alimentaire.
Foire aux questions – Goutte articulaire chez le Pogona vitticeps
Qu’est-ce que la goutte chez le pogona ?
La goutte chez le pogona est une affection métabolique liée à une accumulation excessive d’acide urique dans l’organisme. Chez les reptiles, l’acide urique est le principal produit d’excrétion de l’azote. Lorsque son élimination rénale est insuffisante, il peut précipiter sous forme de cristaux d’urate, responsables de dépôts dans les reins (goutte viscérale) ou dans les articulations (goutte articulaire).
Quels sont les signes cliniques de la goutte articulaire chez le pogona ?
Les signes les plus fréquemment observés sont : œdème des pattes, déformations articulaires progressives, boiteries ou difficulté à se déplacer, nodules péri-articulaires correspondant aux tophi, parfois douleur à la manipulation. Chez le pogona, l’état général peut rester longtemps conservé, ce qui explique un diagnostic souvent tardif.
La goutte peut-elle toucher un pogona jeune ?
Oui. Contrairement à une idée répandue, la goutte n’est pas réservée aux animaux âgés. Des pogonas jeunes peuvent développer une goutte lorsque plusieurs facteurs de risque sont présents, notamment : alimentation trop riche en insectes, hydratation insuffisante, températures inadaptées limitant la fonction rénale.
Comment diagnostiquer une goutte chez un reptile ?
Le diagnostic repose sur un ensemble d’arguments : signes cliniques compatibles (œdème, déformations), hyperuricémie marquée à la biochimie sanguine, imagerie montrant des dépôts péri-articulaires, exclusion des diagnostics différentiels (MBD, traumatisme, infection articulaire). Une confirmation par ponction articulaire est possible mais rarement nécessaire lorsque le tableau est cohérent.
À partir de quelle valeur l’acide urique est-il inquiétant chez le pogona ?
Chez les sauriens, une uricémie supérieure à 750 µmol/L est généralement considérée comme anormale et évocatrice d’un trouble de l’excrétion urique, surtout en présence de signes cliniques. Des valeurs très élevées, comme dans ce cas, sont fortement compatibles avec une goutte évoluée.
La goutte est-elle liée à l’alimentation ?
Oui. L’alimentation joue un rôle central. Une ration trop riche en protéines animales (insectes en excès, proies grasses) augmente la production d’acide urique. Chez le pogona, espèce à dominante herbivore à l’âge adulte, cet excès constitue un facteur majeur de goutte.
Le manque d’eau peut-il provoquer une goutte ?
Oui. La déshydratation est un facteur déterminant. Chez les reptiles, l’excrétion de l’acide urique dépend fortement du débit tubulaire rénal. Une hydratation insuffisante entraîne une diminution de l’élimination des urates et favorise leur précipitation dans les tissus.
L’allopurinol est-il toujours indiqué en cas de goutte ?
L’allopurinol est indiqué dans de nombreux cas d’hyperuricémie sévère, mais son utilisation doit être prudente. Il ne doit être instauré qu’après réhydratation adéquate et correction des conditions de maintenance. Son objectif est de réduire la production d’acide urique, et non de dissoudre les dépôts déjà présents.
Les déformations articulaires peuvent-elles disparaître ?
Dans les formes chroniques, les déformations liées aux tophi sont le plus souvent irréversibles. Le traitement vise principalement à : stabiliser l’évolution, réduire l’inflammation, améliorer le confort et la mobilité de l’animal.
Quel est le pronostic de la goutte chez le pogona ?
Le pronostic est réservé, surtout lorsque la maladie est diagnostiquée à un stade avancé. Une prise en charge précoce, associant réhydratation, correction de la maintenance et traitement médical, permet toutefois d’améliorer significativement la qualité de vie et de limiter l’aggravation.
Comment prévenir la goutte chez le pogona ?
La prévention repose sur : une alimentation équilibrée, adaptée à l’âge et à l’espèce, un accès suffisant à l’eau et à des végétaux hydratés, des températures et UVB adaptés, une consultation vétérinaire précoce en cas de boiterie, œdème ou modification du comportement.
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