Rétention d’œufs chez le pogona (Pogona vitticeps)
Urgence vétérinaire fréquente en pratique NAC
La rétention d’œufs, aussi appelée dystocie, est une pathologie que nous rencontrons régulièrement en consultation NAC chez les femelles de Pogona vitticeps en âge de reproduction.
C’est une affection à ne jamais banaliser. Lorsqu’elle n’est pas prise en charge à temps, elle peut évoluer rapidement vers une détérioration générale, des complications infectieuses graves, voire le décès de l’animal.
Avec l’expérience, on constate que la majorité des cas ne sont pas liés à une “malchance”, mais à une association de facteurs de maintenance, nutritionnels et physiologiques, parfois discrets pour le propriétaire mais très parlants à l’examen clinique.
Comprendre la rétention d’œufs chez le pogona
On distingue classiquement deux grandes situations :
Dystocie post-ovulatoire (la plus fréquente chez le pogona)
Les œufs sont formés mais ne sont pas expulsés. Il s’agit le plus souvent d’un problème fonctionnel : hypocalcémie, déshydratation, atonie de l’oviducte, stress, conditions de ponte inadaptées.
Stase pré-ovulatoire
Les follicules ne sont pas ovulés. Dans ce cas, les traitements hormonaux sont inefficaces et la chirurgie est souvent la seule option.
Chez le pogona de compagnie, les formes non obstructives sont les plus courantes, mais elles peuvent évoluer vers des formes sévères si l’animal est présenté tardivement.
Signes cliniques évocateurs
Les symptômes sont souvent progressifs, ce qui explique les retards de consultation. On observe classiquement :
- baisse d’activité, léthargie,
- diminution ou arrêt de l’alimentation,
- fouilles répétées du substrat sans ponte,
- abdomen distendu, parfois asymétrique,
- déshydratation,
- parfois tremblements, faiblesse ou paralysie partielle des membres postérieurs en lien avec une hypocalcémie.
Causes les plus fréquentes observées en pratique
Dans la majorité des cas, plusieurs facteurs sont associés :
- absence ou mauvaise qualité des UVB,
- carence chronique en calcium ± vitamine D3,
- déshydratation,
- bac de ponte absent, trop sec, trop peu profond ou trop froid,
- stress environnemental,
- femelle trop jeune, obèse ou épuisée par des pontes répétées,
- œufs mal calcifiés ou de taille anormale.
Il est important de rappeler que même une femelle maintenue seule peut produire des œufs, sans accouplement préalable.
Diagnostic vétérinaire
Le diagnostic repose sur une approche combinée :
- examen clinique : palpation abdominale prudente,
- radiographie : visualisation des œufs calcifiés,
- échographie : indispensable pour différencier dystocie post-ovulatoire et stase pré-ovulatoire,
- bilan sanguin (si possible) : évaluation du calcium, de l’état inflammatoire et de l’hydratation.


Cette distinction est essentielle car elle conditionne directement la prise en charge.
Prise en charge thérapeutique
Traitement médical (en première intention)
Lorsqu’aucune obstruction n’est identifiée et que l’état général le permet, une prise en charge médicale est tentée :
- réhydratation (bains tièdes, SC, IV ou IO selon l’état),
- correction de l’hypocalcémie (gluconate de calcium),
- stimulation de l’oviposition par ocytocine,
- mise à disposition immédiate d’un bac de ponte adapté (substrat humide, profondeur suffisante, température correcte),
- hospitalisation et surveillance rapprochée.
Dans notre expérience, un traitement médical bien conduit, avec correction préalable du calcium, permet d’éviter la chirurgie dans un nombre non négligeable de cas, à condition d’agir tôt.
Traitement chirurgical
La chirurgie est indiquée en cas :
- d’échec du traitement médical sous 24 à 48 h,
- d’œufs obstructifs ou adhérents,
- de salpingite, rupture d’oviducte ou détérioration clinique rapide,
- de stase pré-ovulatoire confirmée.


Les options vont de la salpingotomie à l’ovario-salpingectomie, cette dernière restant la solution la plus fiable à long terme chez les femelles de compagnie.
Prévention : un point clé à rappeler aux propriétaires
La prévention repose sur des mesures simples mais souvent mal appliquées :
- terrarium adapté (minimum 120 × 60 × 60 cm),
- UVB de qualité (10–12 %) renouvelés régulièrement,
- apport en calcium adapté et régulier,
- alimentation équilibrée (insectes + végétaux),
- hydratation correcte,
- mise en place d’un bac de ponte avant les premiers signes de gravité,
- éviter la reproduction chez les femelles trop jeunes ou en surpoids.
FAQ – Rétention d’œufs chez le pogona
La rétention d’œufs est-elle grave ?
Une femelle seule peut-elle faire une rétention d’œufs ?
Peut-on attendre que la ponte se fasse naturellement ?
Le traitement est-il toujours chirurgical ?
Une femelle opérée peut-elle vivre normalement ?
Comment éviter que cela se reproduise ?
Sources bibliographiques
- Efendić M. et al. Induction of the oviposition in bearded dragon (Pogona vitticeps) with postovulatory egg retention (dystocia) – a case report. Vet. arhiv 89(1), 131-142, 2019.
- Divers forums et sites vétérinaires NAC : pogona-vitticeps.net, aufuret.ch, Reptifiles.com, Le Point Vétérinaire (articles sur dystocie sauriens).
- VCA Hospitals & PetMD : protocoles dystocie reptiles.
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